jeudi 11 août 2016

Deauville dimanche 14 août


Prix Jacques Le Marois 

Haras de Fresnay le Buffard




François Boutin in memoriam


Au début, on trouve ça fastidieux à écrire. Accoler "Haras de Fresnay le Buffard" à ce prix "Jacques le Marois", vous parlez d'une histoire.

Stravos Niarchos
Oui, j'en parle. Parfaitement, j'en parle. Car elle dit tout, cette histoire. Elle raconte même le palmarès antérieur au partenariat entre ce grand classique et le haras fondé par Marcel Boussac, dont Stravos Niarchos s'est rendu acquéreur au début des années 80. Et les deux premiers noms d'importance sont cités d'emblée.
De Zariba en 1922 à Canthare en 1953, le premier reste le propriétaire de ce Prix Jacques Le Marois avec dix succès.
Mais de la première victoire de Miesque en 1987 à celle de Six Perfections en 2003, le second et les siens, sponsor de la course et comptant huit trophées, n'en sont pas moins ceux que l'histoire plus contemporaine retient. C'est d'autant plus naturel que Miesque et Spinning World, les deux seuls doubles lauréats, couraient évidemment sous la croix de Saint-André ciel sur fond bleu foncé et qu'ils étaient deux produits de Nureyev ; lequel fut acquis yearling par le patriarche grec aux ventes de Keeneland de 1978, pour une somme record à l'époque (1.300.000$).
Inutile de dire pourquoi Stravos Niarchos a baptisé Nureyev ainsi et à qui était destiné l'hommage. D'un danseur à un Peintre Célèbre, cette lignée ainsi ouverte est d'art pur.

Et décidément imprégné de la saga Niarchos, au palmarès de ce classique, coté entraîneurs c'est toujours François Boutin qui trône avec sept succès, ainsi que Freddy Head en colonne jockeys avec six. 
Freddy Head
Le second ne semble pas près d'être rejoint car Olivier Peslier, Frankie Dettori et Christophe Soumillon restent encore à trois longueurs ; comptant même deux succès de moins que Cash Asmussen, ...un autre jockey Niarchos notamment.
Le premier peut en revanche être égalé par André Fabre (lequel reste sur un beau jumelé) et pourquoi pas dès cette année avec Vadamos; voire Ésotérique de nouveau. Mais que cela se produise aussitôt, prochainement ou d'ici quelques saisons encore, rien ni personne, pas même André Fabre lui-même, ne pourra effacer de nos mémoires le souvenir laissé par François Boutin qui nous a quittés voilà vingt-et-un ans déjà. C'est sa course. Celle qui au moins un jour dans l'année nous le garde vivant (avec désormais le prix qui porte son nom et qui se court ce dimanche également).
Nonoalco fut le premier à inscrire son entraînement au palmarès dans l'édition 1974, monté par Lester Piggott et appartenant à Maria Félix Berger qui figure sur notre joli cliché de une. Vient ensuite le doublé de Miesque en 1987/88. Le jumelé Priolo et Linamix en 1990. Le coup de trois PrioloHector ProtectorExit To Nowhere. Donc un coup de cinq en six ans, même un coup de six en huit ans pour finir ! ...avec East Of The Moon en 1994, fille de Miesque elle-même. Et rappeler que Kingmambo, illustre fils de celle-ci, terminait troisième de l'édition 1993 ne dépareille pas non plus.

François Boutin
Bref, si les jeunes générations seront pardonnées d'oublier - quoique... - qu'il fut sept fois tête de liste de 1976 à 1984 et avec ça, dix Poules, dix Salamandre, sept Morny, sept Lupin, six Critérium de Saint-Cloud, cinq Moulin, quatre Diane, trois Breeders' Cup, trois Gold Cup et deux Jockey-Club (entre autres), elles garderont au moins dimanche, une pensée pour ce maitre français de la précocité et de la vitesse ; d'autant qu'il n'est pas usurpé de désigner ce Prix Jacques Le Marois comme le plus grand classique au monde sur le mile.
Si Marcel Rolland, Pascal Bary, Nicolas Clément, Jean de Roualle ou Xavier Nakkachdji qui furent ses assistants pourraient en parler, une voix plus proche encore va un instant faire de nos lecteurs ses confidents.
L'occasion est en effet trop belle pour le site Hexaturf de s'enorgueillir d'une invitée de marque en la personne de Patricia Boutin sa fille aînée et de partager ses propos pudiques, mais donnant jolie forme à l'hommage que nous souhaitons rendre à son père, avant d'examiner la présente édition de ce groupe I.
Ceux qui ne sont pas familiers du sérail doivent la découverte de son existence au sein de la filière à Willy Flambard ; lequel a publié dans une édition de Jour de Galop postérieure à la victoire d'Esotérique l'an passé, l'un des articles les plus intéressants de la dernière saison hippique.
Le clan d'Esotérique
Non seulement c'était passionnant de nous faire entrer dans les coulisses d'élevage de la jument Rothschild, mais en choisissant la forme de l'entretien, le geste fut d'autant plus élégant que Patricia Boutin a véritablement bouclé la boucle paternelle avec Ésotérique ; dont elle a conçu le croisement en qualité de conseil du Haras de Meautry et qu'elle a même nommée elle-même. Heureusement pour nous, Willy Flambard lui en a laissé à dire encore et n'a pas épuisé le si bel angle ainsi adopté.
Mais avant de lui céder la parole, il n'est pas question de laisser l'encre de notre formule précédente - "plus grand classique au monde sur le mile" - sécher sur le papier sans l'étayer aussitôt. Le démontrer ne sera pas long, tant pléthore d'éléments en justifient pleinement ; d'abord le plateau proposé chaque année et ses instants de sport pur au présent, mais aussi l'empreinte laissée dans la durée sur l'élevage par maintes arrivées, autant que les ratings de l'épreuve de la fédération internationale.

Côté mâles, Luthier fils d'un lauréat, LyphardKenmare et Irish River posent une belle toile de fond dans les années 70. Mais l'époque contemporaine a encore donné une toute autre dimension au palmarès s'agissant des étalons, depuis 1999 et cette double trilogie : non seulement Dubaï Millenium devançait Slickly et Dansili, mais nous a ensuite donné Dubawi (lauréat 2005), lequel a produit Makfi à son tour (lauréat 2010), l'un des deux tombeurs de Goldikova.
Si on ajoute que Linamix (père de Miss Satamixa, la gagnante de 1995) et Cape Cross sont deux deuxièmes de la course et que Whipper (2004) comme Manduro (2007) s'intercalent, voilà qui plante un sacré décor.

Moonlight Cloud
Côté femelles, même s'il est trop tôt pour prétendre que les brillantes lauréates contemporaines seront comparables à Miesque au haras - tant s'en faut et pour cause..., elles nous gâtent toutes les années impaires depuis quelques temps. 
Avant Ésotérique l'an passé, Moonlight Cloud est en effet allé chercher le record chronométrique de l'épreuve en 2013. Et descendre sous 1'34'' comme Goldikova, sur un terrain deauvillais jamais léger, n'est vraiment pas performance ordinaire. Si son La Forêt six semaines plus tard fut encore plus retentissant (le même dimanche que le premier sacre de Treve dans l'Arc), c'est précisément parce que le mile était une distance-limite pour elle, que le Jacques Le Marois peut être regardé comme son succès le plus abouti.
L'impétueuse Immortal Verse quant à elle, révélée par le Sandringham comme Impassable et Volta depuis lors, parachevait en 2011 un triplé historique avec les Coronation d'Ascot, en s'imposant magnifiquement sous la poigne de l'homme aux gants blancs et aux dépens de la reine Goldikova, victorieuse deux ans plus tôt.
Immortal Verse
Les turfistes ont leurs têtes et quand ils sont aussi gourmets que gourmands, difficile de résister au charme singulier de cette fille de Pivotal, donc descendante de Nureyev via Polar Falcon. Le betting afficha 20/1, ce qui s'avérait aussi extraordinaire qu'incompréhensible. Dernière représentante au plus haut niveau de ce vivier de la vitesse cher à notre coeur, venant de Kilfrush Stud et courant sous les couleurs Strauss, sa victoire distillait ce parfum enivrant des histoires qui font du bien aux courses ; celles des copains sachant jouer de sacrés tours aux grosses armadas classiques. 
Immortal Verse, en ne servant que de faire-valoir à Frankel quelques semaines plus tard à Ascot, illustre toutefois la seule déception que nous éprouvons en consultant le palmarès du Jacques Le Marois : la brute du regretté Sir Henry Cecil n'y figure évidemment pas plus qu'ailleurs dans notre hexagone. Aucun grief n'est à en tirer, nos organisateurs n'y étant pour rien, mais évidemment ...voilà qui prive notre somptueux classique deauvillais de l'idyllique, ...du parfait. Enfin, on a au moins vu Kingman...

Cliquer pour agrandir les ratings IFHA
Cela dit, la reproduction ci-contre des ratings de la course, édités par la fédération internationale, établit que le mile rectiligne des bords de Touques a néanmoins su résister à l'absence de Frankel et n'a pas perdu pour autant son premier rang mondial. Ne sortant jamais du top 5/6 toutes catégories confondues, il demeure bien la course la plus relevée sur cette distance, même si parfois la Breeders' Cup Mile parvient à lui contester ce leadership.
Cliquer
Si la légitimité et le prestige des Queen Anne et Queen Elizabeth II d'Ascot, voire des Sussex de Goodwood, élèvent la concurrence britannique vers des sommets aussi, le drapeau tricolore continue de flotter sur le mile et continuera si France Galop parvient à revaloriser l'allocation de notre Jacques Le Marois, même en ces temps de disette.
Pour les passionnés de vitesse et de lignes droites, quel triptyque que cette séquence July Cup - de Gheest - Le Marois, en une saison estivale très classique outre-Manche et pas assez ici ; où cette césure dans les esprits français, tout obsédés du week-end de l'Arc, reste discutable.

Et si les années Goldikova sont encore fraîches dans les mémoires, comment ne pas finir ce petit tour de table au féminin par Miesque elle-même, la championne de François Boutin - même si Sayyedati (1993) et Clive Brittain mériteraient bien une mention de choix ?
Miesque
À vingt ans de distance, les deux reines présentent un palmarès comparable, terminèrent leur carrière au même Rating Timeform de 133 et Freddy Head dessine un chouette trait d'union entre elles, ayant monté l'ainée et entraîné la seconde. La sienne affiche trois Breeders' Cup, donc une de plus que Miesque, mais celle-ci garde pour elle le rarissime doublé dans le classique qui nous intéresse, tandis que la fille d'Anabaa y fut ensuite battue deux fois. Et avant que la seconde ne dépossède la première de ce record à la faveur d'une plus longue carrière, la fille de Nureyev est longtemps restée la plus titrée des chevaux français avec dix groupes I, entrant dans le Hall of Fame des courses américaines en 1999.
Avant de s'éteindre fin janvier 2011, Miesque nous a par-dessus tout laissé une production extraordinaire avec ce grand sire que fut Kingmambo bien sûr, East Of The Moon (lauréate 1994) et encore Miesque's Son, père de Whipper et d'un gagnant de la Breeders' Cup Mile - pour en rester à quelques noms seulement.
“Miesque was part of our lives” a souvent déclaré la famille Niarchos, formule que François Boutin lui-même aurait sans doute fait sienne aussi.


Entretien avec Patricia Boutin


Hexaturf. - Si vous êtes familière des professionnels et des gens d'élevage à travers votre activité de conseil en cette matière, en revanche le public vous a vraiment découverte l'an passé avec la victoire d'Ésotérique ; saisissant votre rôle auprès d'Edouard de Rothschild et comment vous avez veillé aux destinées de Dievotchka (la mère), excellente reproductrice que vous avez in fine songé présenter à Danehill Dancer.
Pour les passionnés hors sérail, cette découverte a suscité la tentation de venir puiser auprès de vous dans la mémoire vivante de ce grand monsieur, disparu prématurément, que fut votre père. Un an après, l'envie d'en savoir demeure puisque personne d'autre ne vous a donné la parole, depuis que Jour de Galop a publié toute l'histoire de la dernière lauréate du Jacques le Marois.

P. B.Mon souvenir le plus lointain, je n'avais que trois ans, remonte au printemps 1968. La Lagune venait de gagner les Oaks et il est rentré aussi joyeux qu'irrité parce qu'évidemment, il ne parvenait pas à faire revenir sa pouliche d'Epsom, en plein mois de mai 68...
C'était son premier classique, lui qui adolescent, faisait le mur de son pensionnat près de Rouen, pour aller la semaine, monter des chevaux de concours hippique dans le clubs du coin.
Après s'être intéressé aux trotteurs, monde sans doute plus accessible, il fut ensuite stagiaire au Mesnil chez Madame Couturié [l'arrière grand-mère d'Henri-François Devin ndlr]. C'est là qu'Etienne Pollet l'a remarqué et qu'il est devenu son assistant. Recommandé par celui-ci à Marcel Boussac, qui cherchait à qui confier ses chevaux de "seconde catégorie" ...disons, cette expérience fut toutefois de courte durée. Et c'est comme ça qu'il s'est installé.
Nureyev yearling, sur le ring des ventes de Keeneland (1978)
Quelques années plus tard, l'époque Nureyev m'a aussi marquée [le père de MiesqueTheatrical, Soviet StarSpinning World, de Peintre Célèbre et père de mère de Bago, entres autres ndlr]. C'était un champion à problèmes, la maison voyait défiler vétérinaires et "sorciers" en tous genres si j'ose dire, dans un climat tendu. 
Vous savez... Il ne faut pas momifier les morts dans le compliment facile, c'est là qu'ils deviennent vraiment morts. Je préfère raconter l'homme tel qu'il était, dans ses aspérités, son stress, la tension et sa dureté verbale parfois.
L'exigence quotidienne de résultats absorbe la vie de tout compétiteur de haut niveau, ce qu'il était. On s'y sent hors d'atteinte les jours de victoire, qu'aussi vulnérable les soirs de défaite. Et vulnérable, il pouvait l'être aussi. Suffisait de quelques échecs consécutifs pour qu'il se remette en cause et cherche à nouveau de la confiance. Le virus cantilien qui a sévi ce printemps-ci illustre bien ça : la remise en question et la tension quotidienne pour les professionnels de ce niveau.

H. - On imagine que dans ce contexte, votre propre vocation est venue assez vite...

P. B. - En fait, non, pas du tout. Bien que nous passions beaucoup de temps aux courses, ma sœur, mon frère et moi (notre père nous élevant seul), je n'ai absolument pas épousé le chemin naturellement tracé des enfants de la filière. Je n'étais pas cavalière. Je dois même confesser que je crains plutôt le contact avec le cheval et que je ne me sentais pas de prédisposition particulière.
C'est après mes études de droit seulement que les choses se sont dessinées.
Elles s'enracinent toutefois dans les moments les plus privilégiés que j'ai pu partager avec mon père et qui furent de loin les ventes d'élevage. C'est là que la pression retombait, alors qu'elle ne le laissait pas aussi tranquille le reste du temps. Aux ventes d'élevage, je retrouvais un père qui avait le temps de me parler, de partager, bref de m'apprendre.
Comme sa clientèle, les influences et inspirations de mon père étaient notamment américaines, car il recherchait la vitesse. Pour l'apport du sang de Mr Prospector en France, il a par exemple beaucoup fait, comme pour la monte, puisant là-bas ses exemples.
François Boutin
Je l'ai souvent accompagné dans ses voyages ; aux ventes de Keeneland évidemment, ainsi qu'à celles de Newmarket, "temple" de ces ventes d'élevage.
J'ai travaillé aussi pour les organisateurs des toutes premières Breeders' Cup et vécu de près la victoire de Last Tycoon un an avant Miesque. Mon père et Robert Collet étaient amis. "L'homme au plus grand cœur" disait-il parfois, à propos de celui qui signait là une grande victoire. C'est lui qui avait d'ailleurs conseillé Robert à ceux œuvrant pour la casaque Strauss [couleurs de deux lauréats du Jacques le Marois, Whipper de la lignée de Miesque et Immortal Verse ndlr].
Mais pour revenir à l'essentiel, ces moments partagés aux ventes d'élevage m'ont imprégnée : instants de la véritable transmission. Et de cela, j'ai fait métier.
Dans le classique débat de la profession entre sensibles au modèle et tenants du papier, j'essaie d'étayer le coup d'œil par l'examen du pédigrée, le recours à la génétique. J'en ai besoin. Rationaliser voire intellectualiser cela, c'est sans doute ma façon de trouver l'assurance pour soutenir l'exigence de résultat qui s'impose aux agents et autres courtiers.
En vérité, même si on prend parfois des "bouillons" en matière d'élevage, les échecs plus étalés dans la durée m'y semblent peut-être moins difficiles à assumer que lorsque vous travaillez uniquement pour aller aux courses ; où là tout est plus instantané et donc plus violent, à l'instar de ce que j'ai vu mon père encaisser.

H. - Mais pour le public qui ne s'y retrouve pas toujours dans les noms figurant en colonne propriétaires et éleveurs, dans ce maillage "d'initiés" des différentes structures d'élevage, votre père laisse d'abord le souvenir d'un grand entraîneur, tandis que prendre la mesure de l'homme d'élevage qu'il fut aussi, et que vous racontez, reste moins accessible...

Les ventes de Newmarket
P.B. - Ça c'est essentiel. Bien sûr qu'il était d'abord compétiteur et soucieux de gagner des courses. Mais vous n'imaginez pas sa fierté, pour le Jacques le Marois par exemple, d'avoir entraîné le père de Miesque, de l'avoir gagné avec elle et de l'avoir recouru avec la descendance de celle-ci et Kingmambo d'abord, pour le remporter ensuite avec East Of The Moon, fille de Miesque
Mon père était attaché à Maria Niarchos et encore une fois fier de son implication personnelle dans la fabrication sur la durée de l'édifice Fresnay le Buffard.

H. - Je crois aussi que c'est sous cet angle que se raconte le mieux sa victoire avec Priolo en 1990, confié à Alain Lequeux...

Maria et Electra Niarchos
P. B. - Oui, mon père avait fait acheter Primevère, une fille d'Irish River, à Chryss Goulandris [Lady O'Reilly ndlr] dont l'optique d'élevage de vendre les mâles pour garder la jumenterie était déjà claire. Mais Priolo, donc produit du croisement avec Sovereign Dancer, n'a pas du atteindre son prix de réserve dans mon souvenir. Il est donc allé aux courses sous les couleurs Skymarc Farm, association entre Chryss et mon père à l'origine. Et il a gagné devant Linamix que mon père entraînait aussi.

H. - En somme, vingt-cinq ans avant, votre père a joué exactement le même rôle dans la production de Primevère et la victoire de Priolo, que celui que vous avez su tenir à votre tour dans la destinée de Dievotchka et la victoire d'Esotérique.
Une œuvre bien à vous et reproduisant à la fois ce magnifique schéma paternel dans la plus belle course de milers au monde...

P. B. - ...sauf que moi, je n'entraîne pas et qu'il m'a fallu attendre dix produits de Dievotchka [quasi tous des chevaux de groupe cela dit ndlr] avant d'aller à Danehill Dancer, pour obtenir ce petit plus de vitesse qui a enfin fait un classique. Priolo était lui le premier produit de Primevère, il me semble, c'est dire que mon père a trouvé le bon croisement tout de suite... (sourire)
Mais je ne nie pas que ce fut particulièrement émouvant qu'un aboutissement de mon activité vienne dans la course de papa, le Jacques Le Marois.
Esotérique après son succès dans le Jacques Le Marois 2015
Et pour couronner cette journée du 16 août dernier, le soir même, passait sur le ring d'Arqana un yearling né aux Monceaux, fruit d'une association entre mon ami Henri Bozo et moi pour le compte de Chryss Goulandris, qui fit enregistrer le nouveau record historique des ventes... le poulain par Dubawi et premier produit de Pacifique, la propre sœur de Chicquita...
Avant Edouard de Rothschild, Chryss Goulandris fut la première à me faire confiance comme elle faisait confiance à mon père. Et ses succès d'élevage sont bien connus puisque sont nés au Haras de la Louvière [la structure de Lady O'Reilly, à Mahéru dans l'Orne et dirigée par Marc Violette ndlr] Lacovia, Highest Honor, Le Glorieux, Priolo donc, Helissio, Latice et son frère Lawman ou encore Silver Frost... - pour en rester à quelques exemples et ne citer que ceux-là parmi ses onze gagnants de groupe I (sous les entités Petra Bloodstock Agency, Skymarc Farm ou Holly Hill Stud).
Oui, mon père était éleveur dans l'âme. Cela imprégnait aussi ses discussions avec Freddy Head, lequel partageait cette culture là. Plutôt que des ordres proprement dits, leurs discussions avaient libre cours pour se rejoindre par exemple sur un souvenir commun de la mère de tel ou tel, afin d'anticiper le comportement en course d'un poulain de la famille...


H - Puisque vous évoquez sa relation aux jockeys, il convient naturellement de rappeler que c'est lui qui a fait venir Cash Asmussen en France...


Au rond avec Freddy...
P. B. -..oui, toujours l'inspiration américaine de mon père, qui appréciait la modernité de la monte d'un Steve Cauthen notamment. Il a voulu amener ça aussi en France, avec ce jeune prodige texan qui en a inspiré d'autres ici.
Freddy et mon père n'avaient pas même dix ans d'écart, ils se parlaient d'égal à égal. La relation avec Cash, tout jeune, était autre. Il avait sa façon, aussi déférente qu'espiègle, de ponctuer les ordres d'un "yes Man!" traduisant aussi bien la liberté d'initiative dont il usait une fois en selle. (sourire)
Il a enlevé l'épreuve pour mon père avec Exit To Nowhere et la fille de Miesque, puis toujours sous les couleurs Niarchos avec Spinnning World, entraîné par Jonathan Pease (outre un premier pour le compte d'André Fabre). 

H - À travailler au contact d'André Fabre désormais, vous devez ainsi savoir ce qu'ils pensaient tous deux l'un de l'autre...

P. B. -En ce qui me concerne, il faut préciser que dans la production de Dievotchka par exemple, André Fabre y est aussi pour beaucoup et que c'est un travail d'équipe. L'entrainement de chaque produit fut chaque fois occasion pour lui de partager, même sous la forme de remarques paraissant anodines, des réflexions qui m'ont aidée et nous ont permis à terme d'arriver au bon croisement ; celui qui a donné la vitesse et le cheval de groupe I désirés.
André Fabre
Quant à l'époque de mon père, tout en se croisant tous les jours aux courses en un temps où Equidia n'existait pas, il ne se côtoyaient pas en public. Pas plus qu'on s'attend dans d'autres disciplines sportives à voir deux rivaux prendre la pose ensemble avant une compétition.
Leur vie personnelle était au demeurant assez différente ou le semblait. Mais je pense qu'une relation entre eux a pu se cultiver discrètement, auquel cas elle leur appartient.
Je suis du moins certaine que l'estime était naturellement réciproque. Je me souviens des premiers commentaires de mon père lorsqu'après ses années au cheval d'or, André a fini la saison tête de liste à son tour ; il trouvait cela mérité et prêtait en plus à André d'être très organisé. Mon père était intuitif d'abord, sentait les choses, improvisait beaucoup jusqu'à laisser aller ses fulgurances... André sait lui se montrer discipliné.
Et si mon père s'est montré plus disert notamment avec la presse, peut-être qu'il lui en a aussi coûté ou qu'au moins une fois ce fut à ses dépens.

H - J'imagine que vous faites ainsi allusion au Kentucky Derby raté d'Arazi, qui reste toutefois dans les mémoires du public comme le meilleur 2 ans de l'histoire et qu'une phonétique assez voisine d'Ourasi a fait entrer au journal télévisé juste après le champion trotteur, à une époque où la visibilité des courses dans la grande presse était toute différente...

P. B. - Mon souvenir de la période Arazi est contrasté. La courte et phénoménale carrière de ce cheval a fait l’objet d’une immense agitation, pas forcément très bien gérée par mon père, entre autres, dans ses échanges avec la presse américaine.
L’histoire d’Arazi commence au Kentucky : un petit alezan avec quatre balsanes blanches et un genou très dévié, l’empechant de figurer parmi les yearlings sélectionnés pour les ventes de Keeneland et même improbable pour l’entrainement aux Etats-Unis (notamment en raison de leurs pistes et surfaces). Allen Paulson a donc décidé de l’envoyer en Europe, chez mon père. 

À la suite de ses victoires spectaculaires à 2 ans [dont Papin, Morny, Salamandre, Grand Critérium et Breeders' Cup Juvenile ndlr], le Sheikh Mohammed a acquis une participation dans le poulain et sans doute lors d’une des visites vétérinaires de rigueur, la présence d’un chip a été détectée dans une articulation.
La décision de l’opérer afin de retirer ce bout d’os a ainsi été prise collégialement. Mais la carrière d’Arazi à 3 ans et “post operatoire” fut nettement moins éblouissante.
Mon père a été porté aux nues par la presse américaine, pour n'en recevoir que véhémentes critiques quelques mois plus tard seulement. Ni les acclamations, ni les insultes n’étaient justifiées dans de telles proportions et je pense qu’une plus grande retenue l’aurait davantage épargné.
Il se trouve que mon père est tombé malade peu de temps après cet épisode et donc Arazi ne suscite pas en moi que les frissons de la Breeders' Cup.



Les principaux protagonistes de l'édition 2016

 

R1 C4 (départ 15h55)

Pronostic hexaturf : 2 7 8 / 6 5



Aux courses et même lorsqu'il s'agit d'un groupe I, ce sont rarement des questions de principe - du genre mâles contre femelles, 3 ans contre aînés et réciproquement, ou telle ligne dans son ensemble aux dépens d'une autre - qui mènent le plus surement au guichet. Le ticket gagnant revêt encore une autre relief que le bréviaire d'un militant ou d'un pétitionnaire maniant des convictions trop génériques. Raisonner n'y dispense pas d'une approche sensible aux cas toujours particuliers et aux paramètres presque "personnels" - osons le mot -  qui font qu'un cheval doit trouver son jour lorsque toutes les circonstances sont réunies.

Qemah s'adjuge le Prix Rotschild
Mais à la lecture de cette introduction, tous ceux qui ont touché dans la plus grande sérénité le jumelé du Rothschild, en votant simplement pour les pouliches contre les juments, se gaussent ; tant la messe a été dite et même pas en latin. Ceux-là ne comptent peut-être pas y passer plus de temps qu'il y a quinze jours et donc à peine trois minutes.
Et admettons que la question se pose : les poulains, donc en premier lieu GALILEO GOLD et RIBCHESTER, vont-ils infliger à leurs aînés la même leçon que les pouliches, ce dimanche ?
S'il s'agissait de nos poulains français, notre réponse serait assurément négative, tant chez les mâles, aucun élément de la trempe de La Cressonnière, Qemah et Volta n'a (jusqu'ici) autant enthousiasmé ; du moins jusqu'à l'avènement de Zelzal et la bonne rentrée d'Ultra, qui redonnent espoir. 
The Gurka devance Galileo Gold
et Ribschester (Sussex Stakes)

Mais nous savons que la question se repose avec des britanniques évoluant un ou deux étages au-dessus des nôtres ; ainsi que la Poule l'a montré. Et entre GALILEO GOLD et The Gurkha, la belle n'a certes pas eu lieu mais les deux premières manches suffisent à dire qu'il n'y a vraiment pas cher entre les deux.
Et ceux qui considéreront que des chevaux comme Toormore et LIGHTNING SPEAR ont fourni la même valeur à Ascot qu'à Goodwood, relèveront que ces deux-là furent un peu mieux battus par The Gurkha que par Tepin.
Dans ces conditions, il est légitime que le pensionnaire d'Hugo Palmer paré de gris et grenat soit installé favori, comme l'est autant que lui soit opposé celui de Richard Fahey.
Pour autant, maintes hésitations plus tard, nous considérons pour notre part que VADAMOS, leur aîné, reste jouable contre eux. C'est là que notre raisonnement cesse et que notre subjectivité reprend ses droits...


VADAMOS (2) 
Vadamos souverain du Messidor mansonnien
Il y a ceux qui parlent la nuit du fils de Monsun et constatent que ses trois apparitions dans des groupes I furent plutôt des disparitions et par deux fois, des cauchemars même. Il est vrai que le partenaire de Vincent Cheminaud n'a pas plus existé à Ascot dans les Champion Stakes qu'à Meydan dans la Dubaï World Cup. Ceux-là auront quand même la courtoisie de relever qu'il évoluait à chaque fois sur des surfaces singulières pour lui, à savoir le dirt et des terrains profonds. 
Et il y a donc ceux qui s'expriment le jour, pour observer que depuis son arrivée dans les boxes d'André Fabre afin d'y être ostensiblement raccourci, il n'a trouvé que Solow (lors d'une rentrée) pour être devancé sur le mile. Trois groupes II sur la distance qui nous intéresse et en bon terrain, trois victoires faciles et personne pour s'approcher à moins de trois longueurs.
Son Messidor le montre arrivant sur cet objectif dans la forme de sa vie et ce sera sa deuxième sortie en onze semaines ; tandis que les autres ont eu un programme plus chargé et d'autres combats.
Rares sont les étés deauvillais où on trouve une piste aussi bonne en milieu de meeting, ce qui fait tout pour lui.
Il aura peut-être à s'incliner devant le niveau intrinsèque des poulains, mais si ceux-là doivent trouver un concurrent pour leur barrer le chemin du succès, ce sera lui.



GALILEO GOLD (7)
Galileo Gold victorieux dans les
Saint James Palace Stakes d'Ascot
Outre la question de principe évoquée, il n'y a qu'une seule autre interrogation à son sujet : est-il le Dawn Approach de cette édition ? Autrement dit, a-t-il eu des combats susceptibles d'entamer sa progression ?
Cinquième course de sa saison, ce Jacques Le Marois constitue aussi son cinquième groupe I, après les Guinées tant anglaises qu'irlandaises, les Saint-James's Palace Stakes et les Sussex. 
Aucun entraîneur rassurant et optimiste ne pourra empêcher certains de songer que cela peut faire beaucoup - certains ....mais aussi certaines.


RIBCHESTER (8) 
Ribschester facile lauréat
des Jersey Stakes d'Ascot
La mémoire n'étant pas forcément un désavantage aux courses, des esprits chagrins se souviendront que le petit trublion de notre Djebel a bigrement flotté sur un parcours rectiligne lorsqu'il s'est retrouvé sans appui. il a certes tiré le n°2 cette fois et doit ainsi trouver le rail, mais cet attentiste pourrait aussi bien avoir à se décaler en pleine piste, si la tête de son couloir est bien occupée.
Des toutes premières chances, c'est peut-être le plus difficile à juger par ailleurs, car flatteur pour certains, son dernier accessit des Sussex (à un cheveu de la gagne) peut aussi bien révéler qu'il est sur la montante au bon moment. Et son programme plus protégé (les Jersey ayant été préférés pour lui aux Saint-James's à Ascot), peut faire la différence quand on arrive en août.
Finalement, les partisans des cadets ici ont à se demander si ce n'est pas lui qu'il faut jouer...


ESOTERIQUE (6) 
Esotérique s'adjuge nettement
le Jacques Le Marois 2015
Évolue-t-elle un petit ton en-dessous à 6 ans ou revient-elle simplement en forme un peu plus tard dans la saison (que l'an passé) ? 
Si la seconde assertion est la bonne, la tenante du titre a naturellement le droit d'être à nouveau dangereuse ; d'autant que son Rothschild fut émaillé d'un incident à la sortie des boîtes. Et maintenant que son histoire nous est connue, difficile de ne pas se laisser aller au sentiment.
Avec trois groupes I au palmarès comme Ervedya, c'est la plus titrée du lot.
Reste que cette championne n'affrontait pas forcément la même adversité l'an passé, notamment du côté des poulains, et qu'elle devrait se montrer de la même trempe qu'une Miesque ou qu'un Spinning Wolrd pour réussir le doublé. Ce n'est pas lui manquer de respect que considérer la chose un peu présomptueuse avant l'heure.


ERVEDYA (5)
Ervedya correcte rentrante
dans le Muguet de Vadamos
Cette fille de Siyouni a beaucoup donné à 2 ans déjà, à 3 ans ensuite ; largement de quoi lui conférer une, sinon la, première chance intrinsèque, même en pareille compagnie. Son mentor, qui est l'homme de cette saison, a entre autres qualités l'honnêteté de s'interroger lui-même publiquement sur la façon dont les pouliches vieillissent dans ses boxes...
La liste de ses déconvenues devient en effet un peu longue, à ses yeux comme aux nôtres. Ce n'est pas une façon de dénigrer quoi que ce soit, mais juste d'éclairer l'identité d'une écurie dont les traits et les lignes de force s'avèrent désormais connus.
Qu'Ervedya bouscule cette histoire-là, voilà tout ce que nous souhaitons à Jean-Claude Rouget.


Enfin, certains joueurs de trio iront jusqu'à s'appesantir sur la candidature de Stormy Antartic (10).


Bons jeux à tous...

Marie


© Federico Pestellini, Arqana, Patricia Boutin et nos remerciements les plus appuyés à l'agence APRH pour son geste confraternel


Pronostics pour l'intégralité de cette réunion de gala, avec la sélection, le report et la grille Maxi ou Géant sur hexaturf.com

mardi 9 août 2016

Saint-Malo mercredi 10 août

Aubrion du Gers et Topaze Jef à l'abordage


R1C1 (départ 13h47)
                                                Grand National du Trot Paris-Turf

                                                         15 10 // 1 6 8 4 12 14 


Le suspense reste entier

Vanille du Dollar
Un mois et demi après l'étape rémoise, la caravane du GNT a remis le cap à l'ouest pour cette escale malouine. Et à six étapes, celle-ci incluse, de la finale parisienne (ne donnant pas lieu à l'attribution de points), rien n'est joué dans ce tour des France des trotteurs 2016.
En l'absence de la troisième du classement, Utinka Selloise, VANILLE DU DOLLAR et URSA MAJOR vont au minimum marquer chacune deux précieux points de participation et sont donc quasi sûres de figurer encore sur le podium provisoire du circuit.

Aubrion du Gers
Mais le lauréat de l'étape à La Capelle, AUBRION DU GERS (15), qui pointe en 7e position avec 15 points, pourrait bien s'emparer de la 3e place du classement et revenir ainsi à portée de fusil des deux premières. 
Et comme il rendait alors la distance à un rival de la trempe de Baltic Charm, lequel vient de crever l'écran dans le groupe II Prix de la Haye sur le plateau de Soisy, il y a fort à penser que Jean-Michel Bazire (leader du classement des drivers) va réaliser une bonne opération avec le fils de Memphis du Rib.

Topaze Jef
Le professionnel sarthois ne sera pas le seul à s'élancer le couteau entre les dents pour cette échéance dans la cité des corsaires, car TOPAZE JEF (10) a déjà engrangé 21 points en 4 participations (Borély, La Soie, Le Bouscat et surtout Reims, où elle s'est emparée du second accessit). 
De retour, intégralement déferrée, dans sa spécialité de prédilection après une sortie en demi-teinte dans le Prix Fandango à Cabourg, cette redoutable finisseuse ne doit surtout pas être sous estimée.


La kyrielle des postulants aux places

Boeing du Bocage
On ouvre ensuite le bal des outsiders avec BOEING DU BOCAGE (1), qui a hypothéqué ses chances sur faute lors de ses deux participations à ce tournoi cette année. 
Placé de plusieurs groupes II sur la cendrée, ce trotteur éclectique a également été jugé digne de tenter sa chance dans un classique sous la selle (Prix du Président de la République). Il représente l'atout jeunesse et paraît le plus apte à damer le pion à nos deux préférés.
Attention aussi à UNERO MONTAVAL (6), uniquement devancé par la talentueuse Bahia Quesnot (en piste mardi soir sur la côte normande dans le relevé Prix des Hêtres) lors du rendez-vous girondin, au mois d'avril. Retrouvant, pieds nus pour l'occasion, David Thomain qui l'a déjà mené au succès, il devrait également prendre une part active à l'emballage final.

Val Royal 
Second atout de JMB, VAL ROYAL (14), qui n'est autre que le vainqueur de l'édition 2015 de ce circuit, vient à l'image d'AUBRION DU GERS de peaufiner sa condition chaussé aux Sables d'Olonne et découvre une belle occasion de reprendre le cours de ses bonnes performances. 
Mais comme il peut manquer d'une vraie course, on retiendra avant lui VANILLE DU DOLLAR (8), certes mal engagée mais venant de prouver sa forme à Enghien, ATTILA DU GABEREAU (4), dauphin d'Utinka Selloise dans l'étape rémoise, et même UN DIAMANT D'AMOUR (12), confié cette fois à Eric Raffin, avec lequel il avait cloué sur place l'opposition dans l'étape nantaise l'an dernier.


Bon jeux à tous...

Guillaume

Photos © Federico Pestellini et hexaturf.com


Pronostics pour l'intégralité de cette réunion, avec sélection et report sur hexaturf.com






samedi 25 juin 2016

Vincennes dimanche 26 juin


Prix René Ballière
Renouer avec une domination toute l'année



Les beaux jours à peine arrivés, la saison estivale démarre par son temps fort, une réunion dominicale comportant quatre groupes I, la seule de l'année à proposer un programme d'aussi haute volée. Et le point d'orgue de cette journée sur la cendrée, le Prix René Ballière, est aussi l'épreuve reine de l'été pour les chevaux d'âge.
La présence au départ du dernier vainqueur du Prix d'Amérique, Bold Eagle, pourrait bien être l'occasion de renouer avec une tradition interrompue depuis Jag de Bellouet, lequel aurait réussi la prouesse de régner de juin 2004 au dernier dimanche de janvier 2006, sans la mésaventure qu'on sait...

Bellino II, premier auteur du doublé

Roquépine
Triple lauréate de l'Amérique (1966-67-68), Roquépine avait subi la loi de Dashing Rodney dans la première édition du Prix René Ballière, en 1967. Il fallut attendre jusqu'en 1971 pour que Tidalium Pelo, en remportant la plus belle épreuve de notre calendrier pour la première fois (il allait aussi gagner l'Amérique l'année suivante), n'inscrive son nom au palmarès des deux épreuves, après s'être adjugé le René Ballière en 1969.

Bellino II
Le premier doublé dans la même année fut donc apanage de Bellino II. Vainqueur du Prix René Ballière en 1974, le rouleau compresseur fit sien l'Amérique en 1975, avant de rééditer l'exploit à deux reprises, ponctuant cette série par son troisième succès dans l'épreuve reine, le dernier dimanche de janvier 1977. Idéal du Gazeau marcha ensuite sur ses traces (René Ballière 1980-Amérique 1981), mais Lutin d'isigny, quoique double lauréat d'Amérique (1983-85) comme le précité, dû se contenter à l'image de Tidalium Pelo de remporter les deux épreuves , sans pouvoir enchaîner ces victoires.


Le règne du roi fainéant

Vainqueur de l'épreuve reine puis du René Ballière en 1986, Ourasi passa tout près d'égaler le record de Bellino II. Mais après s'être de nouveau imposé le premier dimanche de janvier 1987, Jean-René Gougeon, au sulky du roi fainéant, se fit battre par son frère Minou sur Olympio de Corseul, avant de réussir de nouveau le doublé en 1988. Ourasi remit les pendules à l'heure en s'adjugeant quatre fois l'Amérique, contre trois pour le crack de Maurice Macheret.

Le tour du Général aux pieds nus

Vinrent ensuite les doublés de Sea Cove, lauréat du René Ballière en 1993 et 1994 avec entre-temps sa folle chevauchée dans l'épreuve reine en janvier 1994, et Coktail Jet (René Ballière 1995- Amérique 1996), avant que Général du Pommeau ne marque de son empreinte l'entrée dans le nouveau millénaire.
Le prodige du regretté Jules Lepennetier fit sien le René Ballière en 1999 et 2000, remporta le Prix d'Amérique 2000, mais il échoua dans l'entreprise d'un deuxième doublé, devancé par Varenne et Fan Idole le dernier dimanche de janvier 2001.

Le plus près de nous, Jag de Bellouet

Avec deux René Ballière, en 2004 et 2005, et un Prix d'Amérique (2005), Le Cannibale compte un palmarès similaire à celui de Général du Pommeau dans les épreuves qui nous intéressent. Mais rappelons le, il perdit, quelques semaines plus tard, le bénéfice de son succès dans la belle en janvier 2006. Cette performance lui aurait permis d'égaler le nombre de doublés René Ballière-Amérique d'Ourasi. Toutefois, on ne peut malheureusement que narrer l'histoire, et pas la refaire. Sur le tapis vert, la victoire est revenu à Gigant Neo, qui offrait un premier succès dans le plus convoité classique tricolore à Stefan Melander et son pilote Dominik Locqueneux.

Les multiples desseins de "l'aigle ambitieux"

Le décor planté, on peut maintenant s'intéresser au destin de BOLD EAGLE. Contrairement à Bellino II, qui s'est adugé une première fois l'épreuve reine à 8 ans, le fils de Ready Cash a donc remporté son premier Prix d'Amérique à 5 ans. Certainement émoussé d'avoir dû faire la monte, il a ensuite échoué dans sa première tentative de Triple Couronne, subissant la loi de Lionel dans le Prix de Paris.
Mais là le parallèle avec Bellino II eut été trop flatteur pour l'étoile montante du trot français, car ce challenge n'existait officiellement pas à l'époque (il a été crée en 2013), ce qui se comprend aisément vu sa difficulté. En effet, en 1976,  le crack au bonnet rouge avait dû rendre 25 mètres dans le Prix de France, alors disputé à la volte, et même la bagatelle de 75 m. dans le Prix de Paris, sur une ancienne piste qui plus est moins propice au rendement de distance.
Réaliser un premier doublé Ballière-Amérique (dans l'ordre inverse donc) est parfaitement dans les cordes de BOLD EAGLE. Mais il frapperait un grand coup en battant le record de la piste, détenu par Kool du Caux (1'9"8 dans le Prix de France en 2007) et par la même occasion celui du René Ballière, signé par Texas Charm en 2013 (1'9"9). C'est ce qu'aimerait son propriétaire Pierre Pilarski, mais Sébastien Guarato, mentor du cheval, a toutefois précisé qu'il ne demanderait pas à Eric Raffn, son pilote ce dimanche, d'en faire un objectif.
Et cela permettrait donc de renouer avec une tradition éteinte depuis Jag de Bellouet. Mais pourquoi n'a-t-elle plus été perpétuée depuis, d'ailleurs ? Simplement car les doubles lauréats de l'épreuve reine du meeting d'hiver Offshore Dream et Ready Cash, pour ne citer qu'eux, n'ont jamais pris part au René Ballière, pour des raisons diverses (importance du Critérium des 5 Ans pour Offshore Dream, saison de monte).


R1 C5 (départ 15h30)


7 2 / 5 10 9 4 



BOLD EAGLE (7)

Difficile de sortir des sentiers battus en dressant le portrait de la nouvelle star du trotting français, déjà connue aux quatre coins du globe, comme le confiaient vendredi durant l'émission de Radio-Balances les membres de la Team America présents pour la Driver's Cup. Des Etats-Unis, où on souhaiterait sa présence au départ du Yonker' Trot, en Scandinavie, où il serait évidemment le bienvenu dans l'Elitloppet, la renommée de l'ancien protégé de Jean-Etienne Dubois est grande, pour ne pas dire déjà immense.
Alors on résumera juste rapidement sa carte de visite avec quelques chiffres. 23 victoires en 27 sorties, pour commencer (!). Parmi lesquelles 6 groupes I, dont par ordre chronologique le Critérium des 3 Ans, le Prix de Sélection, un Grand Prix de l'U.E.T à Wolvega, le Critérium Continental, mais aussi les Prix d'Amérique et de France 2016. 
A tout juste 5 ans BOLD EAGLE domine déjà de la tête et des épaules ses aînés, et son incroyable vitesse de base, même s'il n'a rien à envier à quiconque niveau tenue, le rend encore plus imprenable sur les 2.100 m. autostart de la grande piste, parcours de l'épreuve qui nous intéresse. Seule ombre au tableau, Eric Raffin remplace son driver attitré Franck Nivard, que l'entourage du cheval n'est pas le seul à souhaiter voir au plus tôt reprendre du service. Mais il va sans dire que le professionnel vendéen connaît son job et devrait marquer son penalty, en pleine première mi-temps du match France-Eire de l'Euro.

YOUR HIGHNESS (2)

Cette jument au sang américain mais aussi canadien, du côté paternel comme maternel, a montré un sacré brin de qualité en Suède, remportant sous la férule d'Ulf Stenströmer 16 succès et s'emparant d'accessits dans plusieurs belles épreuves en 2013, mais aussi dans le championnat européen des juments (UET Masters Series). Arrivée quelques mois après cette troisième place au niveau groupe I dans les boxes de Fabrice Souloy, YOUR HIGHNESS n'a pas tardé à franchir les paliers et se présente au départ ce Prix Henri Ballière invaincue en quatre sorties sur le parcours.
Mais elle vient surtout d'épingler, en plus de l'Olympiatravet fin avril à Aby, le Grand Prix d'Oslo, au nez et à la barbe d'un certain Nuncio. Et quand on sait que le champion de Stefan Melander venait de battre, dans la réduction kilométrique de 1'9"2, le record de l'Elitloppet à l'issue d'un parcours à la place du mort (!), on se prend évidemment à croire à un nouveau record dans le René Ballière. En effet, si Bjorn Goop, au sulky de la "snipeuse" entraînée par l'homme du Haras de Ginai, vient titiller BOLD EAGLE dans la phase finale, il se pourrait bien que le fils de Ready Cash, qu'on n'envisage pas trop devoir s'incliner, passe la sixième vitesse et affole complètement les aiguilles du chrono.


TIÉGO D'ÉTANG (5)

Certes ce fils de Chaillot et la poulinière maison Harolène ne compte qu'un seul groupe I à son palmarès, et dans l'autre spécialité (Prix de Normandie 2012). Oui, en trois participations au Prix d'Amérique, son meilleur classement est une sixième place. Mais il s'en est tout de même fallu de pas grand-chose qu'il ne s'adjuge l'épreuve reine au monté, le 18 janvier 2015, date à laquelle il revenait échouer tout près de Roxanne Griff dans le Cornulier.
Et les connaisseurs savent à quel point les chevaux polyvalents se plaisent à l'autostart. Placé de deux Prix de l'Atlantique (3e en 2014 et 2e en 2016), TIÉGO D'ÉTANG compte aussi un second accessit, en 2014, et une quatrième place, en 2015, dans le Prix de France. Vu le degré de forme qu'il a montré ce printemps, c'est donc un postulant on ne peut plus légitime au podium.

AMIRAL SACHA (10)

Alors que le fer de lance de l'écurie de Florent Lamare n'était âgé que de 3 ans, son fidèle pilote Gabriele Gelormini nous disait déjà le plus grand bien de ce poulain assez tardif qui dû attendre encore un peu de temps avant de commencer à franchir les paliers. Battu du minimum par Robert Bi dans l'U.E.T à Mauquenchy ) à l'automne 2014, il devançait alors Africaine et une certaine D'One, pensionnaire du suédois Roger Walmann devenue une véritable championne l'an dernier sur le continent américain, où elle a épinglé trois succès de prestige.
Dès lors, un premier classique lui semblait promis dans le Critérium des 5 Ans, mais le fils de Ganymède commit l'irréparable, alors qu'il était loin d'avoir dit son dernier mot.
Des problèmes de santé ont ensuite contrarié les plans de son entourage et, après une performance de choix dans le Prix de Bourgogne, il ne put gagner son billet pour la belle dans le Prix de Belgique, à l'issue d'un parcours guère favorable. Passé tout près d'un premier succès de groupe I dans le Prix de Sélection, où il s'est fait remonter sur le fil par Boléro Love, il reste sur un très facile dans le Chambon P, et Gaby Gelormini qui a choisi de le mener est tout sauf négatif pour une place, en dépit de leur position en seconde ligne évidemment peu enviable.

BIRD PARKER (9)

Second rejeton de Ready Cash au départ de ce Prix René Ballière, le protégé de Philippe Allaire est lauréat de groupe I depuis son succès sous la selle fin 2014 dans le Prix de Vincennes, Quelques mois plus tard, il n'a pas laissé passer l'occasion de s'adjuger un première classique à l'attelé après le pépin de santé qui causa la contre-performance de BOLD EAGLE dans le Prix Gaston Brunet et le contraignit  à décliner la lutte dans le Critérium des 4 Ans. 
Victorieux ce jour la avec une grande autorité, BIRD PARKER montrait alors toute l'étendue de ses moyens, et pas grand monde ne fut étonné de le voir crever l'écran en retrait dans le Prix d'Amérique 2016, après avoir perdu le plus clair de ses chances au départ (son talon d'Achille).
Lauréat depuis des Ducs à Caen, puis du Harper Hanovers à Solvalla, il ne doit surtout pas être condamné sur son échec dans le Prix Louis Jariel, où il s'est élancé, une fois de plus, sur la mauvaise jambe. La voiture va l'aider à partir au trot, et son numéro 9 tout à l'extérieur n'est pas la pire chose qui pouvait lui arriver, loin de là...

VOLTIGEUR DE MYRT (4)

On ne pouvait conclure cette revue des principaux prétendants aux premières places sans évoquer le cas du tenant du titre, qui a plus d'une fois prouvé son aptitude à sortir le grand jeu lors des grands rendez-vous.
Vainqueur du Critérium des 4 Ans, le champion des époux Donati s'est adjugé en fin d'année suivante la Clôture du GNT, mais il a surtout prouvé ses formidables qualités de batailleur dans le Prix d'Amérique 2015 où, à l'issue d'une probante fin de course, il terminait non loin du lauréat Up And Quick, tout en résistant sûrement à un rival de la trempe de Timoko
VOLTIGEUR DE MYRT s'est ensuite emparé d'accessits dans l'Olympiatravet et la Copenhagen Cup, avant donc de remporter la dernière édition de ce  Prix René Ballière.
Guère tranchant dans le premier Prix d'Amérique de BOLD EAGLE, il a montré un meilleur visage dans le Prix de France, terminant une fois de plus sur le podium d'une prestigieuse épreuve. Dauphin d'Oasis Bi dans la Loterie à Naples début mai, il n'a pu gagner son billet pour la finale de l'Elitloppet, mais Pierre Vercruysse, qui le retrouve plus de deux ans après leur sixième place dans le Prix de Sélection 2014, ne l'estime pas totalement hors d'affaire.

Bons jeux à tous à l'occasion de ce grand moment de sport...

Guillaume

© Michaël Baucher, Federico Pestellini, et remerciements à Phil, Jérémy ainsi que Les Cahiers du Turf



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